Sur le même site, à quelques dizaines de mètres l'un de l'autre, deux biens se vendent avec le même vocabulaire commercial — et relèvent de deux régimes juridiques différents.
L'appartement, vous pouvez l'acquérir en pleine propriété comme n'importe quel acheteur, monténégrin ou étranger. La place de port, non. Elle se situe sur le domaine maritime, que la loi ne met à la disposition de personne en propriété. Ce que l'on vous vend là est un droit d'usage, à durée déterminée, découpé dans le droit de la marina elle-même.
Cette page traite de cette différence. La question générale — pourquoi le littoral n'appartient à personne et ce que cela change à l'achat d'un bien en bord de mer — est traitée sur notre page dédiée à l'achat immobilier en bord de mer au Monténégro. Ici, il s'agit de la marina : l'appartement d'un côté, l'anneau de l'autre.
Les références renvoient à la loi sur le domaine maritime (Zakon o morskom dobru, Journal officiel de la République du Monténégro nos 14/92, 59/92 et 27/94, et Journal officiel du Monténégro nos 51/08, 21/09, 73/10 et 40/11).
Deux biens, deux régimes
| Ce que l'on vous propose | Ce que la loi prévoit réellement | Référence |
|---|---|---|
| L'appartement de la résidence | Propriété ordinaire : un acheteur étranger l'acquiert aux mêmes conditions qu'un acheteur local | Droit commun des biens |
| La place de port | Le domaine maritime peut être donné en usage — aux personnes nationales comme étrangères — jamais en propriété | Art. 7 |
| Une durée que vous négociez avec la marina | Le Gouvernement fixe les conditions, la durée d'usage et la redevance ; l'entreprise publique signe le contrat | Art. 8 |
| Une revente libre | Aucune cession des droits et obligations sans l'accord de l'entreprise publique | Art. 9 |
| Vos aménagements valorisent votre bien | Les ouvrages édifiés là deviennent partie du domaine maritime | Art. 7 |
| Une indemnisation à la fin | Aucune indemnité pour les sommes investies | Art. 12 |
L'appartement : rien d'inhabituel
Commençons par la bonne nouvelle, parce qu'elle est réelle. Un appartement dans une résidence de marina est un bien immobilier ordinaire. Les restrictions monténégrines à l'acquisition par des étrangers visent des catégories de biens — terres agricoles, forêts, bande frontalière terrestre, quelques autres — et non les appartements. Un acheteur français achète donc dans les mêmes conditions qu'un acheteur monténégrin, et la propriété s'acquiert par l'inscription au cadastre.
C'est précisément parce que cette partie est simple que la seconde surprend.
La place de port : ce que la loi met sur la table
Le littoral est morsko dobro, le domaine maritime. L'article 7 prévoit que le domaine maritime, ou une partie de celui-ci, peut être donné en usage à une personne morale ou physique, nationale ou étrangère, pour l'exercice d'une activité économique ou d'une autre activité autorisée, ou pour l'amarrage d'un navire.
Notez ce que le texte propose : l'usage. Pas la propriété. Notez aussi qui il désigne : les personnes nationales ou étrangères, dans la même phrase. Il ne s'agit donc pas d'une restriction visant les étrangers — un acheteur monténégrin se trouve exactement dans la même situation. Ce qui est limité, ce n'est pas votre nationalité, c'est la nature même du droit qui existe à cet endroit.
L'article 8 décrit ensuite le mécanisme, et c'est lui qui détermine la durée de votre propre position : le Gouvernement du Monténégro adopte une décision qui règle les conditions, la durée d'usage et le montant de la redevance ; sur cette base, l'entreprise publique conclut le contrat d'usage du domaine maritime avec l'utilisateur.
Le même article indique où va l'argent : la redevance est une recette de l'entreprise publique, affectée à la protection, à l'aménagement et à l'amélioration du domaine maritime ainsi qu'aux infrastructures qui lui sont nécessaires. C'est la réponse honnête à la question du prix : une part de ce que vous payez est une redevance d'usage du domaine public, dépensée pour ce domaine — et non la constitution d'un actif entre vos mains.
Votre place de port est découpée dans ce droit-là. Un droit ne peut être consenti pour une durée plus longue que celui dont il procède. La première question d'une négociation n'est donc pas le prix, mais : quand le droit de la marina prend-il fin, et puis-je voir la décision qui le fixe ?
Le réflexe à désactiver : « la place de port se revend »
Un acheteur français aborde ce sujet avec une expérience : en France comme en Espagne, une place de port se cède, se sous-loue, se transmet — selon des mécanismes propres à chaque pays, que nous ne commentons pas ici. Le point utile est ailleurs : au Monténégro, il n'existe pas d'instrument équivalent librement cessible.
L'article 9 est bref et décisif : l'utilisateur du domaine maritime ne peut céder ses droits et obligations à une autre personne sans l'accord de l'entreprise publique.
Votre sortie ne se joue donc pas entre vous et votre acheteur. Un tiers s'y trouve — un tiers qui n'est tenu à aucun délai et qui a sa propre appréciation de la personne appelée à occuper la position. Toute valorisation qui suppose un marché secondaire fluide suppose l'article 9 inexistant.
Trois autres effets, à lire avant l'acompte
Ce que vous construisez cesse de vous appartenir. Des ouvrages peuvent être édifiés sur le domaine maritime avec les autorisations requises. L'article 7 ajoute alors qu'ils deviennent partie du domaine maritime. Le ponton, la passerelle, le local technique — améliorés et financés par vous — se fondent dans une chose qui ne vous appartient pas.
Le droit peut s'éteindre sans faute de personne. L'article 10 énumère six cas dans lesquels l'usage du domaine maritime prend fin de plein droit : l'expiration du délai pour lequel il a été accordé ; la disparition ou le décès de l'utilisateur lorsque son ayant droit ne demande pas le transfert de l'autorisation dans les trois mois ; la radiation de l'activité concernée du registre ; la renonciation de l'utilisateur ; l'achèvement des travaux prévus par la décision ; l'absence de conclusion du contrat d'usage. L'article 11 y ajoute le retrait anticipé, total ou partiel, lorsque l'utilisateur n'exploite pas le domaine aux conditions fixées.
À la fin, rien ne revient. L'article 12 : lorsque le droit d'usage a pris fin de plein droit au titre de l'article 10 ou a été retiré au titre de l'article 11, l'utilisateur n'a droit à aucune indemnité pour les sommes investies.
Pris ensemble — les ouvrages deviennent partie du domaine, le droit s'éteint à une date, aucune indemnité —, ces trois articles donnent la forme réelle du bien : un droit d'usage pour une durée, payé d'avance, les améliorations restant sur place.
Et la plage « privée » ?
L'article 16 distingue les zones de baignade naturelles, aménagées et construites. Une zone aménagée peut être clôturée et équipée de cabines, d'installations sanitaires et de douches — et le même article exige qu'elle demeure accessible à tous dans des conditions d'égalité.
Une installation clôturée, équipée et payante n'a donc rien d'irrégulier : la loi la prévoit. L'exclusivité au sens où l'entend un acheteur est une autre affirmation, et la loi ne la soutient pas.
Ce qu'il faut demander avant de verser un acompte
Trois documents répondent à l'essentiel, et aucun n'est la plaquette commerciale :
- Le titre de la marina sur le domaine maritime — la décision gouvernementale et le contrat avec l'entreprise publique, avec la durée et les conditions. Votre droit est plafonné par celui-là.
- Un extrait du cadastre du domaine maritime pour l'emplacement. Les articles 13 et 14 instituent un cadastre distinct du domaine maritime, tenu par l'administration du cadastre, qui recense le domaine et les ouvrages qui s'y trouvent. « Cet emplacement est hors domaine maritime » est une affirmation qui se vérifie dans un registre public.
- Le projet de convention d'usage de la place, lu sur trois points : ce qui se produit à l'expiration du droit de la marina, la procédure d'accord de l'article 9 pour votre sortie, et à qui appartient ce que vous installez.
Pour l'appartement, la question est différente et plus classique : titre, cadastre, urbanisme, contrat. Les deux dossiers ne se confondent pas, même lorsqu'ils sont vendus par la même équipe commerciale. Si le projet s'inscrit dans une installation durable au Monténégro, la fiscalité et le statut de résident sont une troisième question encore : nous la traitons dans notre page sur vivre au Monténégro, retraite et fiscalité.
De quel côté nous sommes, et comment nous sommes payés
Presque tous les autres intervenants sont rémunérés par l'opération. La commission de l'agent dépend de la signature. L'équipe commerciale de la marina travaille pour la marina. Le devoir du notaire est envers l'acte, pas envers vous. Rien de scandaleux là-dedans, mais il vaut mieux le savoir avant de considérer l'un d'eux comme son conseil.
Nous ne percevons aucune commission de vendeurs, promoteurs, agents, marinas ou intermédiaires — sous aucune forme, dans aucun dossier. Notre seule rémunération est l'honoraire que vous nous versez, et il n'augmente pas si vous signez. Vous dire qu'une place de port est un droit d'usage à échéance, et qu'aucune indemnité n'est due à la fin, ne nous coûte rien.
Une limite n'est pas négociable : nous sommes avocats, et non conseillers en investissement agréés. Nous ne donnons pas de conseil personnalisé en investissement sur des instruments financiers et nous ne vous disons pas si un bien prendra de la valeur. Ce que nous protégeons, c'est votre position juridique : titre, contrat, inscription, statut, et les délais qui décident des quatre.
Comment nous ouvrons ce dossier
Notre premier livrable n'est pas un rendez-vous, c'est une position juridique écrite. Envoyez-nous ce que vous avez : le projet de contrat pour l'appartement, la convention proposée pour la place de port, et la décision ainsi que le contrat de la marina sur le domaine maritime si on vous les a communiqués. Vous recevez en retour un travail au périmètre défini à l'avance : ce qui peut vous appartenir, ce qui ne le peut pas, la durée réelle, ce dont dépend votre sortie, et si un défaut est régularisable, en combien de temps.
Nous ne proposons pas de consultation gratuite. La raison est simple : dans un tel dossier, la première heure est un examen et non un acte commercial ; celui qui l'offre soit n'examine pas, soit est payé par ailleurs. Si votre question porte sur le navire plutôt que sur la place, le pavillon, l'immatriculation et l'affrètement sont traités sur notre page consacrée à l'immatriculation des yachts au Monténégro (en anglais).


