Fiscalité

Vivre au Monténégro : le calcul que la comparaison de coût de la vie oublie

Deux retraités français, la même maison à Budva, deux impositions différentes. Ce que la convention de 1974 et la loi monténégrine décident réellement.

Rohat Kahraman· 27 août 2026Mis à jour le · 27 août 2026

La requête française la plus tapée sur ce sujet n'est ni « investir » ni « s'installer ». C'est coût de la vie Monténégro, et très souvent coût de la vie Monténégro vs France.

C'est une bonne question. Ce n'est simplement pas celle qui décide.

Parce que sur une retraite française, l'écart entre deux scénarios fiscaux dépasse largement l'écart entre deux paniers de courses. Et cet écart ne dépend pas de la ville que vous choisissez : il dépend de qui vous a versé cette retraite.

Prenez deux couples français. Même maison, même rue, à Budva. L'un a fait carrière dans le privé, l'autre dans la fonction publique. Leur retraite n'est pas imposée dans le même pays. Ce n'est pas une optimisation : c'est écrit dans deux articles voisins d'une convention de 1974.

Cette page explique ce qui gouverne réellement ce calcul — la résidence fiscale, ces deux articles, et ce que la loi monténégrine fait ensuite.

Textes utilisés : convention fiscale franco-yougoslave du 28 mars 1974, entrée en vigueur le 1er août 1975, publiée par le décret n° 75-849 et rangée par l'administration fiscale française sous « Monténégro » ; Zakon o porezu na dohodak fizičkih lica (impôt monténégrin sur le revenu des personnes physiques), texte consolidé publié par le ministère des Finances ; Uredba o viznom režimu, texte consolidé n° 108/26 du 23 juillet 2026.

D'abord : personne ne « choisit » sa résidence fiscale

C'est le contresens le plus courant. On ne coche pas une case. Deux ordres juridiques posent chacun leurs critères, et si les deux vous réclament, la convention tranche.

Côté monténégrin, l'article 3 de la loi sur l'impôt sur le revenu retient trois portes, et une seule suffit :

  • vous avez votre domicile (prebivalište) au Monténégro ; ou
  • vous y avez le centre de vos intérêts d'affaires et de vie ; ou
  • vous y séjournez plus de 183 jours dans l'année fiscale.

Retenez la deuxième. Beaucoup de Français comptent leurs jours et s'arrêtent là. Le centre des intérêts est un critère autonome : il peut vous rendre résident monténégrin avant que le 184e jour n'arrive.

La conséquence est à l'article 4 : un résident est imposé sur ses revenus mondiaux — ceux réalisés au Monténégro et hors du Monténégro. Un non-résident, seulement sur les revenus de source monténégrine.

Côté français, si la France vous considère toujours comme résident, vous êtes dans la situation de double résidence que l'article 4 paragraphe 2 de la convention règle, dans cet ordre : foyer d'habitation permanentcentre des intérêts vitauxséjour habituelnationalité.

Deux choses en découlent, et elles sont contre-intuitives :

Acheter une maison ne vous rend pas résident fiscal. L'article 1 de cette série traite l'achat lui-même — ce qui est réellement à vendre bord de mer. Propriété et résidence sont deux régimes distincts.

Garder un foyer permanent en France ne vous protège pas automatiquement non plus : si vous en avez un des deux côtés, c'est le centre des intérêts vitaux qui départage, et c'est une question de fait, pas de déclaration.

La ligne qui change tout : article 18 contre article 19

Voici les deux articles voisins annoncés en ouverture. Ils tiennent chacun en une phrase, et ils envoient votre retraite dans deux pays différents.

Article 18 — Pensions. Sous réserve de l'article 19, les pensions et rémunérations similaires versées à un résident d'un État au titre d'un emploi antérieur ne sont imposables que dans cet État. C'est-à-dire : dans l'État où vous résidez.

Article 19 — Fonctions publiques. Les rémunérations, y compris les pensions, versées par un État, ses subdivisions politiques, ses collectivités locales ou un établissement public, au titre de services rendus dans l'exercice de fonctions de caractère public, sont imposables dans cet État. C'est-à-dire : dans l'État qui paie.

Votre carrièreOù la retraite est imposable
Salarié du privé, devenu résident monténégrinAu Monténégro (article 18)
Fonction publique française, où que vous résidiezEn France (article 19)

C'est tout l'écart entre les deux couples de Budva. Aucun des deux n'a fait de montage ; ils ont simplement eu des employeurs de nature différente il y a trente ans.

Deux réserves à ne pas sauter. L'article 19 vise les fonctions de caractère public — la qualification se fait sur la nature des services rendus, pas sur l'intitulé du poste, et une carrière mixte se découpe. Et l'article 18 ne s'applique que si vous êtes effectivement résident de l'autre État au sens de l'article 4 : sans cela, il ne déplace rien.

Ce que le Monténégro fait ensuite — et c'est inattendu

Supposons l'article 18 applicable : le droit d'imposer revient au Monténégro. Reste à savoir ce que le Monténégro en fait.

La réponse est à l'article 5 de la loi monténégrine sur l'impôt sur le revenu, qui énumère ce qui n'est pas considéré comme un revenu. Le point 9 de cette liste vise les pensions — à l'exception des pensions relevant de la loi sur les rémunérations des titulaires de fonctions publiques et d'État.

Autrement dit : la convention envoie le droit d'imposer au Monténégro, et la loi monténégrine ne range pas les pensions parmi les revenus imposables.

Trois précautions, parce que c'est exactement le genre de phrase qui circule ensuite sans ses conditions :

  • Cela suppose que vous soyez réellement résident monténégrin au sens de l'article 3 et de l'article 4 de la convention. C'est la condition, et c'est celle qui se vérifie.
  • Cela ne concerne pas les pensions de la fonction publique française, que l'article 19 laisse imposables en France de toute façon.
  • Ce n'est pas un conseil sur votre situation. C'est ce que disent deux textes. Votre position dépend de faits qui vous sont propres, et elle se fait vérifier avant le départ, pas au premier avis d'imposition.

Ce que le Monténégro impose, lui

Le reste de vos revenus, si vous devenez résident, relève du barème monténégrin. L'article 10 de la même loi pose plusieurs séries de taux selon la catégorie de revenu :

CatégorieTaux
Salaires (par tranche mensuelle)0 % jusqu'à 700 € · 9 % de 700,01 à 1 000 € · 15 % au-delà
Revenus d'activité indépendante (par tranche annuelle)0 % jusqu'à 8 400 € · 9 % de 8 400,01 à 12 000 € · 15 % au-delà
Autres catégories de revenus visées par la loi15 %

Et une obligation que presque personne ne mentionne : l'article 46 prévoit qu'un résident qui perçoit des revenus en provenance d'un autre État calcule lui-même l'impôt et le paie dans les cinq jours suivant leur encaissement. Ce n'est pas une déclaration annuelle. Pour quelqu'un qui garde des revenus français imposables au Monténégro, c'est un rythme de gestion, pas une formalité de printemps.

Ce que la France continue de regarder

Deux points, tirés des mêmes textes.

Le taux effectif. Tant que vous êtes résident français, l'article 23 A de la convention exonère les revenus imposables de l'autre côté (a), mais permet de calculer l'impôt français « au taux correspondant au montant global du revenu imposable » (c). L'exonération porte sur l'assiette, pas sur le taux.

L'IFI. La convention ne couvre, côté français, que l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés (article 2 paragraphe 3 a). Elle ne vise aucun impôt sur la fortune. Si vous restez résident fiscal français, votre bien monténégrin entre dans votre patrimoine immobilier taxable sans que la convention y fasse obstacle. Le point est développé dans l'article sur l'achat.

Nous avons publié une analyse en anglais du raisonnement de résidence fiscale et du rôle du conseil : Montenegro Tax Residency and the Advisor Question.

Vivre là-bas, ce n'est pas la même chose que le droit d'y rester

Un dernier point, parce qu'il conditionne tout le reste : la fiscalité raisonne en jours de présence, l'immigration en titres.

Le décret sur le régime des visas — texte consolidé n° 108/26 du 23 juillet 2026 — traite le cas français dans deux articles distincts : 90 jours avec un passeport (article 1, la France y figure nommément), 30 jours avec une carte nationale d'identité (article 2, ressortissants de l'Union).

Or le seuil fiscal des 183 jours est plus du double du plafond d'un séjour sans titre. Une installation qui déclencherait la résidence fiscale monténégrine suppose donc, par construction, un titre de séjour — un régime distinct, régi par d'autres textes, qui n'est pas traité ici.

C'est la raison pour laquelle l'ordre des opérations compte : le statut de séjour se règle avant que le compteur fiscal ne devienne un sujet.

De quel côté nous sommes, et comment nous sommes payés

Nous ne percevons aucune commission d'une agence immobilière, d'un promoteur, d'un courtier ou d'un intermédiaire. Nous sommes rémunérés par des honoraires, payés par notre client, et par personne d'autre.

Cela compte particulièrement ici. Le marché de l'expatriation vit de projets qui se concrétisent, et la question fiscale y est souvent traitée comme un argument de vente. Nous n'avons aucun intérêt à ce que votre projet aboutisse plutôt qu'il s'arrête : quand la lecture des textes conduit à « dans votre cas, cela ne fonctionne pas comme on vous l'a dit », c'est ce que vous entendrez.

Nous ne sommes pas conseil fiscal en France. Sur la partie française — sortie de résidence, taux effectif, IFI — nous travaillons avec le vôtre, ou nous vous disons qu'il vous en faut un.

Avant de faire vos comptes

Dans cet ordre :

  1. Identifier la nature de chaque pension : privée (article 18) ou fonction publique (article 19). Une carrière mixte se découpe.
  2. Établir si et quand vous deviendrez résident monténégrin — les trois portes de l'article 3, pas seulement le compteur de jours.
  3. Faire examiner, côté français, la sortie de résidence et le taux effectif, avant le départ.
  4. Vérifier le point IFI si vous conservez de l'immobilier.
  5. Caler le titre de séjour avant que le seuil des 183 jours ne devienne réel.
  6. Prévoir le rythme de l'article 46 (cinq jours) si des revenus étrangers restent imposables sur place.

Si vous en êtes à comparer des loyers et des paniers de courses, c'est le bon moment pour poser la question d'un cran au-dessus. Écrivez-nous : nous vous dirons quels textes s'appliquent à votre situation, et si nous sommes les bons interlocuteurs.

Questions fréquentes

Ma retraite française sera-t-elle imposée au Monténégro ?

Si vous devenez résident fiscal monténégrin et qu'il s'agit d'une pension du secteur privé, l'article 18 de la convention de 1974 la rend imposable uniquement dans l'État de résidence. La loi monténégrine, à son article 5 point 9, ne range pas les pensions parmi les revenus imposables — à l'exception des pensions de la fonction publique. Faites vérifier votre situation personnelle avant le départ.

Et si j'étais fonctionnaire ?

L'article 19 vise les rémunérations et pensions versées par un État ou une collectivité au titre de fonctions de caractère public : elles restent imposables dans l'État qui les verse. Une pension de la fonction publique française reste donc imposable en France, quel que soit votre pays de résidence.

À partir de quand suis-je résident fiscal au Monténégro ?

L'article 3 de la loi monténégrine retient trois critères alternatifs : domicile, centre des intérêts d'affaires et de vie, ou séjour de plus de 183 jours dans l'année fiscale. Un seul suffit — et le centre des intérêts peut se déclencher avant le compteur de jours.

Acheter un bien me rend-il résident fiscal ?

Non. Propriété et résidence fiscale sont deux régimes distincts. L'achat peut en revanche compter comme un indice parmi d'autres dans l'appréciation du centre des intérêts vitaux.

Le coût de la vie est-il vraiment plus bas ?

C'est une question réelle, mais sur une retraite, la répartition du droit d'imposer entre les deux États pèse généralement plus lourd que l'écart des prix courants. C'est pourquoi cette page traite la fiscalité d'abord : elle est décidée par des textes, pas par des moyennes.

Combien de temps puis-je rester sans titre de séjour ?

Un Français dispose de 90 jours avec un passeport et de 30 jours avec une carte nationale d'identité — deux articles distincts du décret sur le régime des visas. Le seuil fiscal des 183 jours est plus du double du plafond le plus élevé : une véritable installation suppose donc un titre de séjour.

Dois-je déclarer mes revenus français au Monténégro ?

Un résident monténégrin est imposé sur ses revenus mondiaux (article 4). L'article 46 prévoit en outre que le résident percevant des revenus d'un autre État calcule lui-même l'impôt et le paie dans les cinq jours suivant l'encaissement. Ce qui est exonéré au titre de l'article 5 n'entre pas dans l'assiette, mais le raisonnement se fait revenu par revenu.

Vous occupez-vous de la partie française ?

Non. Nous ne sommes pas conseil fiscal en France : nous traitons le droit monténégrin et l'articulation conventionnelle, et nous travaillons avec votre conseil français pour la sortie de résidence, le taux effectif et l'IFI.