Le chiffre est facile à trouver et presque toujours cité sans sa source ni sa date. Le voici avec les deux.
Selon l'office statistique monténégrin (MONSTAT), pour la dernière année complète — 2025 — le salaire moyen s'établit à :
- 1 012 € net
- 1 206 € brut
Ces deux nombres sont exacts. Ils sont aussi, pris seuls, trompeurs sur deux points que cette page traite : pourquoi ils ont bougé ces trois dernières années, et ce qu'une moyenne cache quand aucune médiane n'est publiée.
Source : MONSTAT (Uprava za statistiku), séries « Prosječne zarade (bruto) po sektorima djelatnosti » et « Prosječne zarade bez poreza i doprinosa (neto) po sektorima djelatnosti », 2012-2025. Méthodologie : enquête mensuelle RAD-1 ; le salaire retenu est le salaire brut au sens de l'article 78 de la loi sur le travail (Journal officiel du Monténégro n° 49/08). Côté fiscal : Zakon o porezu na dohodak fizičkih lica, article 10.
La série officielle, sur quatorze ans
| Année | Net moyen | Brut moyen |
|---|---|---|
| 2012 | 487 € | 727 € |
| 2015 | 480 € | 725 € |
| 2019 | 515 € | 773 € |
| 2021 | 532 € | 793 € |
| 2022 | 712 € | 883 € |
| 2023 | 792 € | 987 € |
| 2024 | 876 € | 1 083 € |
| 2025 | 1 012 € | 1 206 € |
Regardez la ligne 2021 puis la ligne 2022. Le net passe de 532 € à 712 € — +34 %. Le brut, lui, ne passe que de 793 € à 883 € — +11 %.
Un salaire net qui progresse trois fois plus vite que le salaire brut ne s'explique pas par des augmentations. Il s'explique par ce qui est prélevé entre les deux.
Ce qui a réellement changé : l'écart entre le brut et le net
C'est le point que les pages francophones ne font jamais, alors qu'il se calcule directement à partir des deux séries publiées.
| Année | Part du brut qui arrive au salarié | Écart brut/net |
|---|---|---|
| 2012 | 67,0 % | 33,0 % |
| 2019 | 66,6 % | 33,4 % |
| 2021 | 67,1 % | 32,9 % |
| 2022 | 80,6 % | 19,4 % |
| 2023 | 80,2 % | 19,8 % |
| 2024 | 80,9 % | 19,1 % |
| 2025 | 83,9 % | 16,1 % |
Pendant dix ans, l'écart entre le brut et le net est resté remarquablement stable, autour d'un tiers. En 2022 il tombe d'un coup à moins d'un cinquième, et il a continué de se réduire depuis.
Ce n'est pas une amélioration des salaires : c'est une restructuration du prélèvement. Une partie s'en lit directement dans la loi fiscale actuelle, dont l'article 10 pose, pour les salaires, une tranche à 0 % jusqu'à 700 € de revenu imposable mensuel, puis 9 % de 700,01 à 1 000 €, puis 15 % au-delà — une exonération de base qui n'existait pas sous cette forme dans la période antérieure.
Pour un lecteur français, la conséquence est contre-intuitive : comparer les salaires bruts entre les deux pays et comparer les nets ne raconte pas la même histoire. Sur le brut, l'écart avec la France reste large ; sur la part qui arrive effectivement au salarié, il s'est resserré.
Par secteur : de 842 € à 1 627 € net
Une moyenne nationale mélange des situations très éloignées. Voici la même année 2025, secteur par secteur, en net.
| Secteur | Net moyen 2025 |
|---|---|
| Activités financières et d'assurance | 1 627 € |
| Électricité, gaz, vapeur | 1 408 € |
| Activités immobilières | 1 333 € |
| Information et communication | 1 326 € |
| Industries extractives | 1 165 € |
| Administration publique et défense | 1 049 € |
| Activités spécialisées, scientifiques et techniques | 1 036 € |
| Santé et action sociale | 1 024 € |
| Moyenne nationale | 1 012 € |
| Hébergement et restauration | 1 010 € |
| Construction | 985 € |
| Transport et entreposage | 981 € |
| Éducation | 952 € |
| Commerce | 933 € |
| Agriculture, sylviculture et pêche | 920 € |
| Industrie manufacturière | 879 € |
| Services administratifs et de soutien | 842 € |
L'écart entre le secteur le mieux rémunéré et le moins bien rémunéré est de presque du simple au double. Un chiffre national de 1 012 € ne décrit donc aucun poste en particulier : il décrit un pays.
Notez au passage la ligne hébergement et restauration — 1 010 €, soit la moyenne nationale. Sur un littoral dont l'économie est saisonnière, c'est un chiffre qui mérite d'être lu en sachant qu'il s'agit d'une moyenne annuelle.
Ce que ces chiffres ne disent pas — et ce qui manque
Trois limites, dont une est structurelle.
Ce sont des moyennes, pas des médianes. MONSTAT calcule le salaire moyen en divisant le total des salaires versés dans le mois par le nombre de salariés concernés par ces versements. Une moyenne est tirée vers le haut par les rémunérations élevées. La recherche française « salaire médian Monténégro » n'a pas de réponse officielle dans cette série : la médiane n'y est pas publiée. Toute page qui vous donne un « salaire médian monténégrin » vous donne une estimation, pas une statistique officielle — et devrait le dire.
Ce sont des salaires déclarés. La source est l'enquête mensuelle RAD-1 auprès des entreprises, institutions et organisations, et le salaire retenu est le salaire brut au sens de l'article 78 de la loi sur le travail. Ce qui n'est pas déclaré n'y figure pas.
Ce sont des moyennes nationales. La série publiée ici est ventilée par secteur, pas par région. L'écart entre le littoral et l'intérieur ne s'y lit pas.
Et un point de méthode qui vaut pour tout ce sujet : le salaire minimum n'est pas dans cette série, et il n'est pas dans une loi que l'on cite une fois pour toutes — il est fixé par décision du Gouvernement publiée au Journal officiel, chaque décision abrogeant la précédente. Nous expliquons pourquoi nous ne reprenons pas de montant dans notre page sur le coût de la vie.
Si vous comparez avec la France
Deux avertissements, parce que la comparaison directe est le piège de ce sujet.
Ne comparez pas un net monténégrin à un net français sans regarder la structure. L'écart brut/net s'est réduit à 16 % au Monténégro ; en France, il faut aussi tenir compte de ce qui pèse au-dessus du brut, côté employeur. Ce sont deux architectures différentes, pas deux niveaux d'un même barème.
Le coût pour l'employeur est une question distincte du salaire du salarié. Si votre question est « combien cela me coûte d'employer quelqu'un », le salaire moyen n'y répond pas : il faut regarder le régime d'affiliation applicable, et pour une entreprise française cette question passe par une convention de 1950, pas par un formulaire A1. Nous l'avons traitée dans salaire, cotisations et détachement.
De quel côté nous sommes, et comment nous sommes payés
Nous ne percevons aucune commission d'un cabinet de recrutement, d'un apporteur d'affaires ou d'un intermédiaire. Nous sommes rémunérés par des honoraires, payés par notre client, et par personne d'autre.
Sur un sujet comme celui-ci, cela se traduit simplement : nous publions le chiffre officiel avec sa source, sa date et sa méthode, y compris quand la méthode affaiblit le chiffre — comme l'absence de médiane. Une page rémunérée à l'audience a intérêt à donner un nombre net et rassurant ; nous avons intérêt à ce que vous puissiez le vérifier.
Avant d'utiliser ces chiffres
- Vérifier l'année : la dernière année complète publiée est 2025.
- Vérifier net ou brut : les deux séries existent et l'écart entre elles a changé de nature en 2022.
- Descendre au secteur concerné plutôt que d'utiliser la moyenne nationale.
- Ne pas chercher de médiane dans cette série : elle n'y est pas.
- Traiter le coût employeur comme une question séparée du salaire.
- Pour le salaire minimum, se référer à la décision en vigueur au Journal officiel, à la date concernée.
Écrivez-nous si vous avez besoin de ces chiffres appliqués à un poste, un secteur ou un projet précis plutôt qu'à une moyenne nationale.
