Droit du travail monténégrin

Salaire au Monténégro : où l'on cotise, et pourquoi le formulaire A1 ne s'applique pas

Le Monténégro n'est pas dans l'UE : le formulaire A1 n'y a pas cours. Ce qui s'applique, c'est une convention de 1950 — et elle a une limite peu connue.

Rohat Kahraman· 27 août 2026Mis à jour le · 27 août 2026

Un employeur français qui envoie quelqu'un travailler hors de France a un réflexe, et il est bon : le certificat A1. On le demande, on le joint au dossier, le salarié reste au régime français, l'affaire est réglée.

Ce réflexe ne fonctionne pas ici. Le formulaire A1 est un instrument du droit de l'Union : il applique le règlement européen de coordination des systèmes de sécurité sociale. Le Monténégro n'est pas membre de l'Union européenne ni de l'EEE. Ce règlement ne s'y applique pas, et il n'y a donc pas d'A1 à produire.

Ce qui s'applique à la place existe, fonctionne, et a soixante-quinze ans.

Sources : Convention générale de sécurité sociale franco-yougoslave du 5 janvier 1950 et arrangement administratif du 23 janvier 1967, rendus applicables au Monténégro par l'accord du 26 mars 2003 relatif à la succession en matière de traités bilatéraux conclus entre la France et la République socialiste fédérative de Yougoslavie, en vigueur depuis le 26 mars 2003 — état des accords publié par le Cleiss. Côté monténégrin : Zakon o porezu na dohodak fizičkih lica ; Zakon o strancima ; Zakon o radu, article 80.

Ce qui s'applique : une convention de 1950, arrivée par un accord de 2003

La relation franco-monténégrine en matière de sécurité sociale ne repose pas sur un texte récent. Elle repose sur la convention générale franco-yougoslave du 5 janvier 1950, complétée par un arrangement administratif du 23 janvier 1967.

Le Monténégro n'existait pas comme État partie en 1950. Le lien est fait par un accord du 26 mars 2003 entre la France et le conseil des ministres de Serbie-et-Monténégro, portant sur la succession aux traités bilatéraux conclus entre la France et la Yougoslavie. Il est en vigueur depuis cette même date.

Autrement dit : le texte qui gouverne l'affiliation de votre salarié a été signé cinq ans après la création de la Sécurité sociale française, et il est parfaitement en vigueur.

C'est une bonne nouvelle — sans lui, il n'y aurait aucune coordination du tout. Mais un instrument de cette génération ne ressemble pas au droit européen, et c'est là que se logent les surprises.

La règle par défaut : on cotise là où l'on travaille

L'article 3 paragraphe 1 de la convention pose le principe : le salarié est assujetti dans l'État où l'activité salariée est exercée.

C'est l'inverse du confort européen. Sans démarche particulière, un salarié envoyé travailler au Monténégro relève du système monténégrin, pas du système français.

Le détachement est l'exception, pas le régime normal. La convention la prévoit à son article 3 paragraphe 2 et à son article 4, avec d'autres cas particuliers — personnel des entreprises de transport, personnel des postes diplomatiques et consulaires, agents d'une administration détachés sur l'autre territoire. Les conditions et la durée relèvent de la convention et de l'arrangement administratif de 1967 : cela se vérifie sur le texte, au cas par cas, avant le départ — pas après.

La limite que presque personne ne lit

Voici le point qui coûte le plus cher, et il tient en une ligne du champ d'application.

La convention vise les travailleurs salariés de nationalité française ou monténégrine.

C'est une condition de nationalité, pas de résidence ni de lieu d'établissement de l'employeur. Ses conséquences sont directes :

  • Votre salarié est français ou monténégrin → la convention peut jouer.
  • Votre salarié est ressortissant d'un État tiers — un autre État membre de l'UE compris — → il est hors du champ de la convention, et il n'y a pas d'A1 pour compenser, puisque le règlement européen ne couvre pas le Monténégro.

Une entreprise française dont les équipes sont composites découvre donc que deux salariés partant sur la même mission ne sont pas dans la même situation juridique. Ce n'est pas une subtilité théorique : c'est ce qui détermine où les cotisations sont dues.

Ce qui est coordonné — et ce qui ne l'est pas

La convention coordonne toutes les branches d'assurance, à l'exclusion de l'assurance chômage, qui n'entre pas dans son champ.

BrancheArticles
Maladie, maternité5 à 8 H
Invalidité9 à 13 et 18 à 20
Vieillesse et survivants14 à 20
Accidents du travail et maladies professionnelles24 à 26 I
Prestations familiales23 à 23 B
Décès7
Chômagehors champ

L'exclusion du chômage est à retenir des deux côtés : dans une mobilité, c'est la branche sur laquelle la coordination ne viendra pas à votre secours.

Sur la vieillesse, la convention offre un mécanisme utile : au moment où le droit à pension s'ouvre, l'assuré peut opter entre l'application conjointe et l'application séparée des deux législations. En application conjointe, l'institution totalise les périodes d'assurance accomplies dans les deux États (sans superposition), calcule une pension théorique comme si tout avait été accompli sous sa législation, puis la proratise. Une nouvelle option est possible en cas de liquidation successive, si l'intéressé y a intérêt.

Les indemnités pour charge de famille sont versées à partir du deuxième enfant, sans limitation de nombre, pour les enfants résidant dans l'un des deux États alors que le salarié travaille sur le territoire de l'autre.

Côté monténégrin : qui est imposé, et sur quoi

L'affiliation sociale est une chose ; l'impôt en est une autre, et il obéit à ses propres critères.

La loi monténégrine sur l'impôt sur le revenu des personnes physiques traite la résidence à son article 3 : domicile, centre des intérêts d'affaires et de vie, ou séjour de plus de 183 jours dans l'année fiscale. Trois critères alternatifs — un seul suffit. L'article 4 en tire la conséquence : un résident est imposé sur ses revenus mondiaux, un non-résident sur les seuls revenus de source monténégrine.

Les taux figurent à l'article 10. Pour les salaires, ils sont progressifs par tranches mensuelles :

Tranche mensuelle de revenu imposableTaux
Jusqu'à 700 €0 %
De 700,01 € à 1 000 €9 %
Au-delà de 1 000,01 €15 %

Quant au salaire minimum, il n'est pas dans une loi que l'on cite une fois pour toutes : il est fixé par décision du Gouvernement, sur proposition du Conseil social, sur le fondement de l'article 80 de la loi sur le travail, et publié au Journal officiel — chaque décision abrogeant la précédente. Nous ne reprenons pas de montant ici, et nous expliquons pourquoi dans notre page sur le coût de la vie : les tutoriels francophones citent régulièrement des montants issus de décisions abrogées.

Employer sans le bon titre : ce que dit le texte

Si votre projet consiste à employer sur place — filiale, bureau, chantier — la question du titre de travail du salarié étranger devient centrale, et la sanction est chiffrée dans la loi sur les étrangers, à son article 210 :

AuteurAmende
Personne morale1 000 € à 10 000 €
Personne responsable au sein de la personne morale300 € à 2 000 €
Entrepreneur individuel300 € à 6 000 €

Deux précisions, parce que les deux circulent à l'envers :

  • Il n'y a pas de multiplication par travailleur dans ce texte. La fourchette est celle de l'infraction, pas un montant par personne employée.
  • Une fourchette « 500 à 20 000 € » circule dans des contenus en ligne. Elle ne correspond pas au texte. C'est le genre de chiffre qu'on recopie sans le vérifier, et qui fausse une évaluation de risque dans les deux sens.

Ce que nous sommes, et ce que nous ne sommes pas

Un mot nécessaire, parce que le marché français est démarché sur ce terrain.

RoNa Legal est un intermédiaire d'emploi (code 78.10), et non une agence de travail temporaire ni un « employer of record ». Nous ne devenons pas l'employeur juridique de vos salariés et nous ne mettons pas de personnel à disposition. Si l'on vous propose une solution où une entité tierce « porte » vos salariés au Monténégro, c'est un montage dont la qualification juridique locale doit être vérifiée avant signature, pas après le premier contrôle.

Nous ne percevons aucune commission d'un apporteur d'affaires, d'un cabinet de recrutement ou d'un intermédiaire. Nous sommes rémunérés par des honoraires, payés par notre client, et par personne d'autre. C'est ce qui nous permet de dire « ce montage ne tient pas » quand c'est le cas.

Nous ne sommes pas conseil en droit social français : sur la partie française — maintien au régime, déclarations, formalités de détachement — nous travaillons avec votre conseil.

Avant d'envoyer quelqu'un, ou d'embaucher sur place

  1. Vérifier la nationalité de chaque salarié concerné : la convention de 1950 ne couvre que les ressortissants français et monténégrins.
  2. Déterminer si l'on est dans la règle par défaut (affiliation au lieu d'exercice) ou dans l'exception de détachement, et sur quelle base textuelle.
  3. Ne pas compter sur un A1 : il n'existe pas pour cette destination.
  4. Traiter le chômage séparément : la branche est hors du champ de la coordination.
  5. Établir la position fiscale du salarié — les trois critères de l'article 3, pas seulement le compteur de jours.
  6. Sécuriser le titre de travail avant le début de l'activité, pas pendant.
  7. Pour tout montant sensible au millésime — salaire minimum, seuils — se référer au Journal officiel à la date de l'opération.

Écrivez-nous en nous disant ce que vous envisagez — envoyer, embaucher, ou sous-traiter. La réponse n'est pas la même dans les trois cas, et elle dépend de la nationalité de la personne concernée.

Questions fréquentes

Le formulaire A1 est-il valable pour le Monténégro ?

Non. L'A1 met en œuvre le règlement européen de coordination de la sécurité sociale, qui s'applique dans l'Union européenne et l'EEE. Le Monténégro n'en fait pas partie. La coordination repose sur la convention générale franco-yougoslave du 5 janvier 1950, rendue applicable au Monténégro par l'accord de succession du 26 mars 2003.

Où mon salarié cotise-t-il par défaut ?

Dans l'État où l'activité salariée est exercée — article 3 paragraphe 1 de la convention. Le détachement est une exception prévue à l'article 3 paragraphe 2 et à l'article 4, dont les conditions se vérifient sur le texte avant le départ.

La convention couvre-t-elle tous mes salariés ?

Non, et c'est le point le plus souvent manqué : elle vise les travailleurs salariés de nationalité française ou monténégrine. Un salarié ressortissant d'un État tiers — y compris d'un autre État membre de l'Union — se trouve hors de son champ, sans A1 pour compenser.

L'assurance chômage est-elle coordonnée ?

Non. La convention couvre toutes les branches d'assurance à l'exception de l'assurance chômage, qui n'entre pas dans son champ d'application.

Et les droits à la retraite ?

La convention permet, à l'ouverture du droit, d'opter entre l'application conjointe et l'application séparée des deux législations. En application conjointe, les périodes accomplies dans les deux États sont totalisées puis la pension est proratisée. Une nouvelle option reste possible lors d'une liquidation successive.

Quelle est la sanction si j'emploie quelqu'un sans titre de travail ?

L'article 210 de la loi sur les étrangers prévoit une amende de 1 000 € à 10 000 € pour la personne morale, de 300 € à 2 000 € pour la personne responsable en son sein, et de 300 € à 6 000 € pour l'entrepreneur individuel. Le texte ne prévoit pas de multiplication par travailleur, et la fourchette « 500 à 20 000 € » que l'on lit parfois ne correspond pas à ce texte.

Quel est le salaire minimum ?

Il est fixé par décision du Gouvernement sur le fondement de l'article 80 de la loi sur le travail, publiée au Journal officiel, chaque décision abrogeant la précédente. Nous ne reprenons pas de montant : celui qui vous engage est celui de la décision en vigueur à la date concernée.

Êtes-vous un « employer of record » ?

Non. RoNa Legal est un intermédiaire d'emploi (code 78.10). Nous ne devenons pas l'employeur juridique de vos salariés et nous ne mettons pas de personnel à disposition.